Y'en a marre ! J'en ai assez d'être exaspéré par cet espace public burlesque qui paralyse l'évolution de la fabrication de l'opinion au Sénégal.
Le député Amadou Bâ a récemment participé à l'émission "Jakaarlo Bi" diffusée sur la Télévision Futurs Médias (TFM) pour discuter de la loi interprétative sur l'amnistie qu'il a proposée. Cette loi vise à clarifier les dispositions relatives à l'amnistie, notamment en ce qui concerne les personnes ayant commis des infractions à motivation politique.
Lors de cette émission, un débat houleux a éclaté entre Amadou Bâ et le chroniqueur Badara Gadiaga. Ce dernier a interrogé le député sur les implications de la loi pour les individus impliqués dans des actes de vandalisme, de pillage et d'incendie volontaire. Insatisfait des réponses fournies, Gadiaga a accusé Bâ de "tronquer la vérité de manière manifeste".
Gadiaga a également établi une comparaison entre sa propre expérience judiciaire en 2011, où il a été acquitté, et la situation du leader du parti de Bâ, suggérant que ce dernier avait évité la justice en se réfugiant à Ziguinchor. Il a exhorté Bâ à cesser de "raconter des contre-vérités sans sources et sans maîtriser l'histoire".
Cette dérive de la TFM est symptomatique d'une presse qui confond intérêt du public et intérêt public. Comme le souligne Benjamin Barber, l'intérêt du public, souvent guidé par le sensationnalisme, s'oppose à l'intérêt public, qui devrait être la boussole de tout organe de presse responsable. En s'attaquant sans discernement à des figures politiques comme le député Ahmadou Bâ, la TFM s'éloigne de sa mission d'informer pour sombrer dans la désinformation et la manipulation.
Et que dire du groupe Y'en a marre et de ses sorties non pertinentes ? Autrefois symbole d'un engagement citoyen fort, ce collectif semble aujourd'hui se perdre dans des prises de position confuses et opportunistes. Plutôt que d'être une force de proposition, il s'enfonce dans un activisme stérile qui n'apporte aucune solution concrète aux problèmes du pays.
La communication et, en particulier, le journalisme, sont des outils de pouvoir qui influencent profondément la perception et la compréhension des enjeux nationaux et internationaux. Lorsqu'ils sont laissés entre les mains d'irresponsables, surtout dans des contextes fragiles où l'équilibre social et politique est précaire, ils deviennent des armes de destruction intellectuelle. La presse devrait être un pilier de la démocratie, garant de la vérité et du débat constructif, et non un instrument au service du sensationnalisme et de la manipulation. Il est temps de repenser l'éthique journalistique au Sénégal afin d'éviter que la désinformation ne devienne la norme et que l'opinion publique ne soit façonnée par l'ignorance et l'émotion plutôt que par la raison et la rigueur.
Moussa SARR, Ph.D
Expert en communication publique
Lachine Lab - l'Auberge Numérique